«Je m'en vais sans aucun regret»

Ronald Provost quittera bientôt la politique


Publié le 17 janvier 2017

En 2009, alors toujours maire de Brébeuf et préfet de la MRC des Laurentides, Ronald Provost a combattu un cancer des cordes vocales. Il a continué à occuper les deux fonctions malgré les traitements. Il se rappelle s'être dit: «Je suis capable de marcher, je peux écrire, je peux penser alors pourquoi ne pas continuer de travailler»

©Photo TC Media - Yves Rouleau

Le vétéran de la politique municipale Ronald Provost va quitter l'arène l'esprit en paix, en novembre prochain, après 23 ans de service public.

Le maire de Brébeuf et doyen parmi ses collègues de la MRC des Laurentides cédera le fauteuil qu'il a occupé pendant 18 ans. Sa longue carrière l'a vu assurer la préfecture de la MRC pendant 10 années cruciales de ce conseil régional.

«Je m'en vais sans aucun regret», a mentionné l'homme de 69 ans lors d'une entrevue avec L'Information du Nord.

Depuis toujours mordu d'engagement social et de politique, le natif d'Huberdeau n'a fait le saut en politique qu'en 1995, briguant un poste de conseiller municipal à Brébeuf. «J'avais un emploi de gestionnaire très demandant avec Hydro Québec», relate-t-il au sujet de son entrée en scène relativement tardive, à 48 ans, chez une personne habitée par le démon de la politique depuis ses années comme président du conseil des élèves de son école.

Avant de tenter sa chance, il était déjà très engagé dans la vie communautaire à Brébeuf. Président fondateur du comité des loisirs, il a également présidé le premier carnaval, il y a 46 ans.

Politicien à temps plein

Dans le sillage d'une restructuration chez Hydro-Québec, le brégeois s'est vu offrir une retraite anticipée. Soudain, à 50 ans, il s'est retrouvé avec tout le temps pour laisser libre cours à sa passion de la politique municipale. «Je suis tout de suite devenu maire en 1999», rappelle-t-il.

Ses débuts n'ont pas été de tout repos cependant. «Après avoir analysé la situation financière de la municipalité, j'ai convoqué tous les acteurs importants de la communauté et je leur ai mis carte sur table: "il faut augmenter les taxes ou je mets la clé dans la porte", se rappelle-t-il leur avoir jeté.

La situation financière rétablie, il s'est donné comme défi d'amener Brébeuf à une attitude de meneur de parade plutôt que «suiveux».

«J'ai visé de faire passer la population de moins de 700 à 1000 habitants, ce que j'ai réussi. La richesse foncière est passée de 30 à 100 millions de dollars», affirme-t-il.

Fier d'avoir instauré un esprit régional

C'est avec détermination que Ronald Provost a entamé, en 2003, son mandat de préfet de la MRC des Laurentides.

Enlisé dans des guerres de clocher, qu'il préfère décrire comme des «conflits de territoire», la MRC n'occupait pas, à son avis, la place qu'il se devait.

«Ma préfecture à la MRC a été le summum de ma carrière politique», dit-il sans détour.

Il note les démarches pour un cégep, l'implantation du transport collectif et la mainmise sur la pisciculture comme dossiers qu'il a contribué à mener à bon port.

Néanmoins, sur un plan global, il soutient que sa grande réussite a été d'instaurer un changement de mentalité chez les maires de la MRC. «Je les ai convaincus d'endosser un esprit régional en passant la porte de la MRC», dit-il.

Une vie qui bascule

Au faîte de sa carrière politique, en 2009, Ronald Provost a vu sa vie basculer. Atteint d'un cancer des cordes vocales, il a dû affronter son plus coriace adversaire.

Pendant un an, il est passé par toute la gamme des émotions survivant à la maladie, mais non sans y avoir perdu la voix après l'ablation du larynx.

«Ma voix était mon principal outil de travail. J'avais un timbre qui occupait l'espace et je n'avais pas peur de l'utiliser à bon escient», relate-t-il.

Sa détermination à réapprendre à parler avec l'eosophage, une technique difficile que seules 30 pour cent des personnes peuvent venir à maîtriser,  l'a aidé à traverser son épreuve.

Aujourd'hui, il peut parler, quoique pas aussi clairement ou avec la même aisance qu'avant.

Il est sorti de ce malheur un homme transformé, meilleur, beaucoup plus sensible et convaincu que le plus important est de prendre soin de ceux qu'on aime, affirme-t-il.

Cet homme actif qui s'est investi à fond de train dans la vie publique a été changé à tel point qu'il ne craint plus la relative léthargie de la retraite prochaine. «Je veux me retirer dans la maison paternelle à Huberdeau avec mon ami Pier Paul, mon chien et mes deux chattes. Je vais prendre le temps de prendre mon temps, jouer au golf et écouter de la musique en savourant le temps qui passe», mentionne-t-il.