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3 août 2018

Au lac de la Décharge

Des propriétaires riverains perdent brusquement leur quai rêvé

Une quarantaine de propriétaires et locataires riverains au lac de la Décharge, à Amherst, doivent prestement enlever leur quai sous peine d’amendes. Le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles vient de leur transmettre l’avis en passant par la Municipalité d’Amherst.

Yves Rouleau , journaliste

Normand Roy, résident au lac de la Décharge, depuis 38 ans.
Normand Roy, résident au lac de la Décharge, depuis 38 ans.
© Photo L'Information du Nord - Yves Rouleau

Les propriétaires des quais sont estomaqués, d’autant plus que la plupart d’entre eux avaient aménagé leur quai il y a nombre d’années sans coup férir.

« Après 38 ans, il me semble que c’est comme un droit acquis. J’ai investi un montant d’argent considérable pour construire le quai, sans compter les efforts pour aménager un accès vers le lac. Sans l'accès, ma propriété vient de perdre beaucoup de valeur », a indiqué Normand Roy, qui fait partie des propriétaires touchés par la mesure.

D’abord locataire d’un terrain riverain du lac de la Décharge, M. Roy s’est plus tard prévalu d’une offre d’achat. D’entrée de jeu, il était spécifié qu’une bande de terre au tour du lac demeurait la propriété du domaine public, admet M. Roy.

Néanmoins, l’aménagement d’un quai était toléré et les riverains pouvaient y accéder par un sentier qu’ils étaient libres de se tracer, ce qu'a fait Normand Roy à l’instar de plusieurs autres riverains, sans que le MERN émette de quelconques objections.

Différends entre concitoyens

Ce dernier relate que son sentier est devenu prisé du voisinage et que certains se sont mis à l’utiliser comme s’il s’était agi d’un accès public, ce qui ne lui plaisait pas vu les sommes d’argent et le temps consacré fin seul à l’oeuvre.

Il existait pourtant bel et bien des tracés d’accès public au lac que ni le ministère ni personne n’avait pris la peine de dégager.

Toutefois, M. Roy n’a pu en définitive que se résigner à voir des voisins emprunter son sentier. Il était en effet sans recours vu que l’accès était aménagé sur un terrain public.

Toutefois ce genre de différend entre les riverains du lac aurait été fréquent, selon des informations que M. Roy a obtenues auprès d’un interlocuteur au MERN. Cette situation aurait été un facteur important dans la décision du ministère d’interdire les quais privés sur le lac et de plutôt privilégier les accès publics communautaires prévus à l’origine.

En conclusion, le résident du lac de la Décharge dit trouver que la gestion du dossier, de la part du ministère, a été incohérente. En plus, à sa connaissance elle n’a pas d’écho sur la plupart des autres lacs en province.

M. Roy pense que le MERN aurait mieux fait d’interdire d’entrée de jeu l’aménagement des quais privés et de privilégier les quais communautaires plutôt que de laisser aller les choses. Maintenant, l’exigence du retrait des quais, à court préavis et aux frais par surcroît du propriétaire, lui paraît rude.

Le MERN tient à une utilisation communautaire de la rive

La présence des quais privés est interdite et contraire au concept souhaité au MERN de favoriser une utilisation communautaire de la bande riveraine fait pour sa part valoir le Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles dans une correspondance avec les propriétaires et locataires du lac de la Décharge.

« Par ce concept, le MERN a clairement affiché sa volonté de rendre accessible le plan d’eau à tous sans distinction », mentionne la correspondance datée du 20 juin.

Le Ministère précise que le lac de la Décharge a été développé selon un concept d’aménagement à vocation d’usage communautaire, où les accès communs sont privilégiés.

« Ce concept vise la conservation d’une bande de terre publique intacte au tour du lac. De plus, il a pour but de créer un espace accessible à tous pour diminuer l’impact environnemental de la villégiature sur le plan d’eau », souligne-t-on.

Le Ministère rappelle par ailleurs l’article 2 du Règlement sur le domaine hydrique de l’État qui stipule que « toute personne qui désire installer un quai, sur un terrain dont elle n’est pas propriétaire, doit obtenir l’accord de ce dernier ». Or, le MERN est propriétaire de la bande riveraine et son accord est essentiel pour y installer un quai, précise-t-on.

La municipalité se tient au fait du dossier des quais

Par ailleurs, le maire Jean-Guy Galipeau mentionne que le conseil municipal d’Amherst est au fait du dossier des quais privés au lac de la Décharge. Toutefois, le conseil n’est pas un acteur de première ligne dans ce dossier qui relève plutôt du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, précise-t-il.

« Nous avons été mis au courant et des gens du ministère nous ont même rencontrés en compagnie de représentants de la MRC des Laurentides. On nous a dit où ils en étaient avec ce dossier et dans quelle direction ils s’en allaient. Pour ce qui est de la municipalité, nous suivons le dossier, mais uniquement à titre d’observateurs », indique-t-il.

 Des résidents du lac de la Décharge dans le secteur Vendée, à Amherst, ont soutenu lors de conversations avec L’Information du Nord que, à leur avis, la municipalité ne pouvait pas se dissocier de leur dossier des quais pour le motif que la question ne relève pas de leur juridiction. « Nous sommes des contribuables d’Amherst et à ce titre, les élus doivent nous représenter et parler pour nous », a soutenu l’un d’eux.

Une réunion publique doit avoir lieu le premier septembre dans ce dossier des quais privés sur le lac de la Décharge.

 

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Yves Rouleau , journaliste

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